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Jean-Hilaire Moussavou : « Le Gabon doit construire plus intelligemment »

Jean-Hilaire Moussavou : « Le Gabon doit construire plus intelligemment »

Comment construire mieux, plus durablement et plus intelligemment, sous un climat tropical et équatorial ? Dans Solutions innovantes pour une architecture résiliente, écologique et durable, paru aux Éditions Lumière du Monde, l’architecte Jean-Hilaire Moussavou tire de plus de trente ans de pratique un manuel à la fois pratique et théorique pour repenser nos manières de bâtir.

Chaleur, humidité, fortes pluies, urbanisation rapide : les villes d’Afrique centrale doivent relever des défis que les modèles architecturaux importés ont souvent ignorés. C’est le point de départ de l’ouvrage. « Après plus de trente ans de pratique architecturale au Gabon, j’ai acquis une conviction : nous ne pouvons pas continuer à bâtir comme si nous vivions sous d’autres latitudes », explique l’auteur.

Ce constat, il l’a forgé sur les chantiers. « Nous observons des bâtiments qui accumulent la chaleur, des espaces insuffisamment ventilés, des façades largement vitrées qui sollicitent excessivement la climatisation et des constructions qui tournent parfois le dos à leur environnement. » Pour lui, ce ne sont pas des questions d’esthétique : elles pèsent sur le confort des habitants, les dépenses énergétiques et la durabilité des ouvrages. « Nous disposons d’un savoir-faire architectural, de ressources naturelles et de connaissances techniques, mais nous ne les mobilisons pas toujours de manière cohérente. »

Quatre axes pour bâtir autrement

Le livre s’articule autour de quatre axes. Le premier porte sur le bioclimatisme, l’art de concevoir des bâtiments qui tirent parti du climat au lieu de le combattre. Le deuxième valorise les matériaux locaux, de la terre crue au bois en passant par le bambou. Le troisième traite des techniques d’adaptation aux risques naturels. Le quatrième aborde les technologies vertes, des énergies renouvelables à la gestion des eaux, jusqu’à la planification d’écoquartiers durables.

Le bon sens architectural y tient une place centrale. « Une toiture bien dimensionnée, des débords de toit généreux, des protections solaires judicieusement placées, des ouvertures permettant une ventilation traversante et une implantation tenant compte des vents dominants peuvent apporter davantage de confort qu’un bâtiment sophistiqué qui dépend en permanence de la climatisation », souligne l’architecte.

Des exemples à Libreville et Akanda

Ces principes ont déjà des traductions concrètes. Jean-Hilaire Moussavou cite la tour Nkana, à la Baie des Rois, dont il salue les larges ouvertures et les brise-soleil sur toutes les façades. Selon lui, le bâtiment affiche 43 % d’économie d’énergie et 41 % d’économie d’eau. Dans le logement, certaines habitations de la cité Serpentin à Akanda, destinées aux enseignants-chercheurs, ont été construites en briques de terre autobloquantes, de type Hydraform. « il en résulte des logements confortables », affirme-t-il.

L’architecte travaille actuellement à un centre de surveillance de pêche, près du CAPAL à Libreville. Ses deux bâtiments seront largement ouverts aux vents venus de la mer grâce à de grandes baies, avec des terrasses périphériques et une hauteur sous plafond importante.

Penser en coût global

Construire écologique coûte-t-il plus cher ? L’auteur invite à sortir d’une confusion fréquente. « Le coût initial d’un bâtiment n’est pas son coût global. Une construction peut être moins chère au moment de sa livraison, mais devenir très coûteuse au fil des années si elle exige beaucoup d’énergie pour être rafraîchie, si elle nécessite des réparations fréquentes ou si ses matériaux vieillissent mal. » Il ne prétend pas pour autant que toute solution écologique est moins chère : certaines demandent un investissement initial supérieur ou des compétences spécifiques. « Le véritable enjeu est de passer d’une logique du prix immédiat à une logique du coût global. »

Pour encourager les matériaux locaux, il appelle l’État à agir sur un levier prioritaire : un cadre technique et réglementaire qui permette à ces matériaux d’être « reconnus, testés, certifiés et intégrés aux marchés publics ». Il propose trois actions : établir des référentiels techniques adaptés au climat gabonais, lancer des projets pilotes publics (écoles, logements, équipements de proximité) pour en démontrer les performances, et former les professionnels tout en soutenant les filières locales. « Un matériau local bien transformé, correctement mis en œuvre et adapté à son usage peut devenir un levier de création d’emplois, de transmission des savoir-faire et de réduction de certaines dépendances extérieures. »

Trente ans de terrain

Diplômé de l’EAMAU, Jean-Hilaire Moussavou est un acteur central de la maîtrise d’œuvre au Gabon. Depuis plus de trois décennies, il participe à la réalisation d’infrastructures emblématiques et d’aménagements durables. Son livre ne condamne pas ce qui a été construit : « Il s’agit de tirer les enseignements de notre pratique pour améliorer ce que nous transmettrons aux générations suivantes. »

L’ouvrage s’adresse aux étudiants, aux architectes, aux urbanistes et aux décideurs publics. Il porte une conviction que l’auteur résume ainsi : « L’écologie ne doit pas être un luxe réservé à quelques-uns, ni un slogan ajouté aux discours des professionnels. Bâtir durablement au Gabon, c’est cesser de lutter inutilement contre notre environnement pour apprendre à construire avec lui. »

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